
Un déconventionnement de deux ans pour une infirmière. C’est la sanction que la Caisse Commune de Sécurité Sociale des Hautes-Alpes (CCSS) a prononcée à l’encontre d’une infirmière libérale, avant que celle-ci ne saisisse le Tribunal administratif de Marseille pour en demander l’annulation. Cette décision du 2 juillet 2026 est l’occasion de revenir en détail sur la procédure de déconventionnement des infirmiers libéraux, ses conditions, ses étapes et les voies de recours disponibles.
🔷Faits
🔷Droit applicable
La convention nationale des infirmiers libéraux
Les manquements susceptibles d’engager la procédure de déconventionnement
- La facturation d’actes non réalisés ou non réalisables
- La facturation sous un identifiant personnel pour des actes réalisés par un remplaçant (arrêt Cour de cassation, 13 mai 2026)
- Le non-respect de la nomenclature des actes infirmiers (NGAP/CCAM)
- Les pratiques de surfacturation répétées
- Le non-respect des obligations de télétransmission
- La violation des engagements conventionnels de manière systématique
La procédure conventionnelle de droit commun (article 7.4 de la convention)
La procédure de déconventionnement comprend des garanties procédurales expressément prévues par la convention :
Si les manquements persistent ou sont d’une gravité suffisante, la caisse saisit la Commission Paritaire Locale (CPL), instance composée paritairement de représentants de l’Assurance Maladie et de représentants syndicaux des infirmiers. L’infirmier a la possibilité d’être entendu devant cette instance.
4. Les sanctions encourues
- interdiction temporaire ou définitive de pratiquer le DE ;
- suspension de tout ou partie de la participation des caisses au financement des cotisations sociales du professionnel. Cette suspension est de 3, 6, 9 ou 12 mois ;
- suspension de la possibilité d’exercer dans le cadre conventionnel. Cette suspension peut être temporaire (1 semaine, 1, 3, 6, 9 ou 12 mois) ou prononcée pour la durée d’application de la convention, selon l’importance des griefs. La mise hors convention de 3 mois ou plus entraîne la suspension de la participation des caisses au financement des cotisations sociales pour une durée égale à celle de la mise . . hors convention.
Le contrôle du juge administratif
- La régularité de la procédure (respect des délais, des garanties contradictoires)
- L’exactitude matérielle des faits reprochés
- La qualification juridique des faits
- La proportionnalité de la sanction
🔷 Solution retenue
L’infirmière requérante contestait les faits reprochés à l’origine de la sanction.
– Non-respect de façon répétée, à la nomenclature générale des actes professionnels (NGAP) prévue par l’article L.162-1-7 du code de la sécurité sociale concernant les modalités de facturation des majorations, des déplacements, des cumuls, des abattements, la facturation de soins pour les patients en situation de dépendance, la durée des soins et le taux de prise en charge appliqué à certains patients.
Le tribunal a d’abord rappelé le contexte du dossier notamment le fait qu’un indu daté avait été notifié à l’infirmière le 14 février 2025 d’un montant de 205 747,69 euros finalement ramené à la somme de 102 715,81 euros pour la période comprise entre le 4 juillet 2022 et le 17 février 2025 avait été notifié à l’infirmière.
» s’agissant de la falsification d’ordonnances médicales, il ressort des pièces du dossier que Mme A… a elle-même rajouté des mentions manuscrites sur les prescriptions des médecins, a modifié la date de la prescription, la fréquence de passage afin de pouvoir facturer des actes non prévus par le médecin traitant et que plusieurs prescripteurs ont attesté que les ordonnances n’avaient pas été modifiées ou raturées par leurs soins. La circonstance dont se prévaut la requérante selon laquelle certaines de ces ordonnances ont été ou sont en cours de régularisation par les médecins prescripteurs des patients concernés est sans incidence sur la matérialité des faits reprochés à la requérante.Cette décision du 2 juillet 2026 s’inscrit dans un contentieux administratif en plein développement, le nombre de recours contre les décisions de déconventionnement ayant sensiblement augmenté ces dernières années. La juridiction administrative de Marseille est compétente pour statuer sur les décisions prises par les organismes de sécurité sociale de sa circonscription, ce qui inclut la CCSS des Hautes-Alpes ».
« compte tenu, d’une part, des nombreuses anomalies de facturations constatées par la CCSS, précisément décrites dans les pièces du dossier, de leur caractère réitéré durant la période du 4 juillet 2022 au 17 septembre 2024 et du montant des remboursements indus générés par celles-ci, et alors que, d’autre part, Mme A… indique avoir commis certains faits reprochés par négligence ou erreur et ne contredit pas valablement, par ses allégations ou les éléments produits, la matérialité des autres manquements qu’elle conteste, la décision en litige n’est pas entachée d’erreur d’appréciation ».
- Le délai de recours de 2 mois est impératif : passé ce délai, la décision de déconventionnement devient définitive
- En cas de suspension provisoire (procédure exceptionnelle), un référé doit être déposé en urgence, ce délai ne souffre aucun retard
- Ne pas confondre la procédure de déconventionnement (juridiction administrative) avec la procédure de recouvrement des indus (juridiction judiciaire/pôle social)
FAQ
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Pour lire la décision : Tribunal administratif de Marseille, 3ème Chambre, 2 juillet 2026, 2508304
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