
🔷 Faits
L’infirmière requérante exerçait en libéral comme remplaçante au sein d’un cabinet situé d’abord à Châtenoy-en-Bresse (Saône-et-Loire), puis à Chalon-sur-Saône. Elle travaillait aux côtés de plusieurs consœurs depuis novembre 2010, à la fois comme remplaçante, collaboratrice ou co-associée selon les périodes.
Sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019, l’infirmière a facturé à l’Assurance Maladie des actes en quantité très largement supérieure à ceux réellement effectués. Selon les constatations du juge pénal, les actes fictifs représentaient jusqu’à 97 % des actes facturés sur certaines périodes. Le préjudice causé à l’Assurance Maladie a été évalué à 27 823 euros.
Ces faits ont été portés à la connaissance de ses consœurs du cabinet, qui ont déposé une plainte disciplinaire auprès du Conseil interdépartemental de l’Ordre des infirmiers de la Nièvre et de la Saône-et-Loire en janvier 2020. Ce conseil s’est associé à la plainte. Les faits ont causé un préjudice non seulement financier, mais aussi un tort à la réputation du cabinet et à celle du conseil départemental, dont l’infirmière était par ailleurs élue ordinale.
🔷 Droit applicable
Le code de déontologie des infirmiers : l’exigence absolue de probité
« L’infirmier respecte en toutes circonstances les principes de moralité, de probité, de loyauté (…) indispensables à l’exercice de la profession. »
🔷 Sanctions disciplinaires applicables
- L’avertissement
- Le blâme
- L’interdiction temporaire d’exercer avec ou sans sursis (dans la limite de 3 ans)
- La radiation du tableau de l’Ordre
Le principe de l’indépendance de la procédure disciplinaire vis-à-vis du pénal
Jurisprudence pertinente sur les actes fictifs en soins infirmiers
🔷 Solution retenue
En première instance : la radiation
En appel : confirmation de la faute, réformation de la sanction
- Les premiers juges se seraient estimés liés par le juge pénal ;
- Ses explications n’auraient pas été prises en compte ;
- La sanction serait disproportionnée.
Enseignements pratiques
Ce que cette décision change pour les infirmières libérales
Peu importe que les consœurs n’aient pas signalé les anomalies, peu importe que des efforts de remboursement aient été engagés après les faits : la gravité intrinsèque d’une fraude systématique (97 % d’actes fictifs sur cinq ans) justifie toujours une lourde sanction disciplinaire.
Dès lors qu’un jugement correctionnel pour escroquerie ou fraude à l’Assurance Maladie est devenu définitif, les faits qu’il constate lient le juge disciplinaire. L’infirmière ne peut pas revenir sur leur réalité devant la chambre ordinale.
Un point souvent méconnu : l’infirmière interdite d’exercice ne peut pas non plus se faire remplacer dans son cabinet pendant la durée de la sanction. Les conséquences économiques sont donc totales.
Pour aller plus loin
La présente décision illustre l’articulation entre la responsabilité pénale et la responsabilité disciplinaire des professionnels de santé libéraux. Ces deux procédures sont indépendantes et peuvent se cumuler : une condamnation pénale avec sursis n’empêche pas une interdiction d’exercice disciplinaire ferme.
Si vous êtes infirmier libéral et que vous faites l’objet d’un contrôle CPAM, d’une plainte ordinale ou d’une procédure pénale liée à votre activité de facturation, il est impératif d’agir rapidement et d’être accompagné par un avocat spécialisé en droit de la santé et en contentieux administratif.
Le Cabinet Hanffou accompagne les professionnels de santé libéraux à chaque étape de ces procédures : analyse du dossier, préparation de la défense devant les juridictions ordinales, représentation en appel et recours devant le Conseil d’État.
FAQ Sanctions disciplinaires et actes fictifs : vos questions
Qu’est-ce qu’un acte fictif en soins infirmiers ? Un acte fictif est un acte de soin facturé à l’Assurance Maladie mais qui n’a pas été réellement réalisé auprès du patient. Il peut s’agir d’une visite non effectuée, d’un soin non dispensé ou d’une cotation délibérément majorée sans fondement clinique.
Quelle est la différence entre une erreur de cotation et une fraude ? Une erreur de cotation isolée, non répétée et corrigée spontanément reste généralement dans le champ de la faute non intentionnelle. En revanche, un schéma répété sur plusieurs années, représentant une part massive des actes facturés, caractérise une intention frauduleuse constitutive d’escroquerie et de manquement à la probité.
La chambre disciplinaire peut-elle agir même si le parquet a classé sans suite ? Oui. La procédure disciplinaire est indépendante de la procédure pénale. Un classement sans suite du parquet n’empêche pas le Conseil de l’Ordre de poursuivre une infirmière pour manquement déontologique.
Peut-on contester une décision de la Chambre disciplinaire nationale ? Oui. Les décisions de la Chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des infirmiers sont susceptibles d’un recours en cassation devant le Conseil d’État, dans un délai de deux mois à compter de leur notification.
Une infirmière interdite d’exercice peut-elle céder son cabinet ? La cession du droit de présentation de la clientèle reste possible, mais l’exercice personnel de l’activité est suspendu. La situation doit être analysée au cas par cas avec un conseil juridique pour sécuriser les aspects contractuels et patrimoniaux.
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Références : Chambre disciplinaire nationale, 19 juin 2026, N° 18-202-00835
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