
Vous venez de recevoir un jugement défavorable du tribunal administratif. Votre requête a été rejetée, ou la décision qui vous a été accordée ne correspond pas à ce que vous espériez. Le contentieux administratif ne s’arrête pas là : il existe une deuxième chance devant le juge d’appel, et il est important de connaître la procédure d’appel du jugement rendu par le tribunal administratif.
Si vous vous demandez comment interjeter appel d’un jugement, cette voie de recours est strictement encadrée dans ses délais, ses conditions de recevabilité et la manière dont les arguments peuvent être présentés. Une erreur de procédure peut vous priver définitivement de ce droit.
Cet article vous explique, comment interjeter appel d’un jugement rendu par le tribunal administratif, qui peut le faire, dans quel délai, devant quelle juridiction, et avec quels arguments / moyens.
🔷 Qu’est-ce que l’appel en contentieux administratif ?
Une voie de recours ordinaire
L’appel est une voie de recours ordinaire régi par l’article R.811-1 du code de justice administrative.
Il se distingue du pourvoi en cassation devant le Conseil d’État. Celui-ci n’est pas une troisième instance au fond mais un contrôle de la légalité de l’arrêt rendu par la cour d’appel.
La juridiction d’appel : la cour administrative d’appel (CAA)
Les jugements des tribunaux administratifs sont en principe susceptibles d’appel devant la cour administrative d’appel (CAA) dans le ressort territorial de laquelle se trouve le tribunal ordonné par l’article R221-7 du CJA.
Attention : certains jugements sont rendus en premier et dernier ressort par le tribunal administratif : ils font directement l’objet d’un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État, sans passer par la Cour administrative d’appel. C’est notamment le cas en matière électorale. (article R.811-1 CJA), pour les demandes d’accès aux documents administratifs ou pour certaines ordonnances de référé. Vérifier toujours la mention des voies de recours figurant sur le jugement.
🔷Droit applicable
La procédure d’appel devant le juge administratif est encadrée par plusieurs dispositions du Code de justice administrative (CJA) :
Principe du droit d’appel
L’article R. 811-1 du Code de justice administrative constitue le fondement ouvrant la voie de l’appel contre les jugements des tribunaux administratifs :
« Toute partie présente dans une instance devant le tribunal administratif ou qui y a été régulièrement appelée, alors même qu’elle n’aurait produit aucune défense, peut interjeter appel contre toute décision juridictionnelle rendue dans cette instance. »
Qui peut faire appel ?
Les parties à la première instance
Toute partie à l’instance de première instance qui a un intérêt à faire appel peut interjeter appel. Cela inclut :
- Le requérant dont la demande a été rejetée (en tout ou en partie)
- Le défendeur (souvent l’administration) dont les conclusions ont été rejetées ou qui a été condamné
- Le tiers intervenant admis en première instance
L’intérêt à faire appel
L’appelant doit justifier d’un intérêt à agir en appel, c’est-à-dire que le jugement lui fait grief. Cette condition est distincte de l’intérêt à agir contre la décision administrative initiale.
Le délai pour faire appel
Le principe : deux mois
Le régime général du délai d’appel est celui des délais de recours contentieux : deux mois à compter de la notification régulière du jugement de premier ressort (art. R. 811-2 CJA).
Ce délai court à compter de la réception de la notification du jugement par les parties elles-mêmes.
Attention : il existe des exceptions.
🔷La procédure d’appel pas à pas
Étape 1 : Le ministère d’avocat, obligatoire
L’appel devant la cour administrative d’appel est soumis au ministère d’avocat obligatoire régi par l’article R811-7 du CJA. Cela signifie que vous devez être représenté par un avocat inscrit au barreau. Un appel introduit sans avocat sera irrecevable.
Exception : Article L774-9 du CJA
« Le recours contre les jugements des tribunaux administratifs en matière de contraventions aux lois et règlements sur la grande voirie et autres contraventions dont la répression appartient au tribunal administratif peut avoir lieu sans l’intervention d’un avocat ».
Un arrêt récent du 28 octobre 2025 de la Cour administrative d’appel de Versailles, le rappelle expressément en rejetant une requête pour non représentation par un avocat en appel :
« La requête de M. A… n’a pas été présentée par le ministère de l’un des mandataires mentionnés à l’article R. 431-2 du code de justice administrative et ne relève d’aucun des cas de dispense de représentation par un avocat, alors que la notification du jugement attaqué faisait état de cette obligation, conformément aux dispositions de l’article R. 751-5 du code de justice administrative. A ce jour, M. A… n’a pas régularisé sa requête en recourant au ministère d’avocat et ne justifie pas du dépôt d’une demande d’aide juridictionnelle. Dès lors, sa requête, qui est entachée d’une irrecevabilité manifeste, ne peut qu’être rejetée. »
Cour administrative d’appel de Versailles, Juge des référés, 28 octobre 2025, 25VE01660
Étape 2 : La requête d’appel
La requête d’appel doit être déposée via l’application Télérecours. Elle doit comporter :
- L’identification des parties
- Le jugement attaqué
- Les conclusions :
- Les moyens à l’appui des conclusions
Étape 3 : L’instruction contradictoire
La Cour administrative d’appel communique la requête à l’autre partie (l’administration ou le requérant initial selon la situation), qui dispose d’un délai pour produire un mémoire en défense. Ensuite, des échanges de mémoires s’ensuivent jusqu’à la clôture de l’instruction et l’audience.
Étape 4 : L’audience et l’arrêt
Comme en première instance, une audience est tenue. Le rapporteur public présente ses conclusions. L’arrêt est ensuite rendu.
Ce que la cour administrative d’appel juge : l’effet dévolutif
Le principe de l’effet dévolutif
L’appel a un effet dévolutif : il transfère à la cour la connaissance de l’ensemble du litige dans les limites de l’appel. La cour doit re-juger l’affaire au fond, et non simplement contrôler si le tribunal a commis une erreur comme le ferait le juge de cassation.
Concrètement, la cour examine à nouveau l’ensemble des arguments des parties et peut parvenir à une solution différente de celle du tribunal, en annulant ou en réformant le jugement.
L’annulation pour irrégularité et l’évocation
Si le jugement attaqué est entaché d’une irrégularité, la cour l’annule. Par la suite, elle peut alors soit :
- Évoquer l’affaire et la trancher elle-même au fond, sans la renvoyer au tribunal
- Renvoyer l’affaire devant le tribunal administratif pour qu’il soit à nouveau statué
L’effet dévolutif de l’appel : si la cour ne fonde pas son arrêt sur l’irrégularité du jugement, elle est tenue de statuer par effet dévolutif.
Les moyens et conclusions en appel
Ce que l’appelant peut soulever
Les moyens déjà invoqués en première instance peuvent être repris et développés en appel pour les rendre plus convaincants.
Les moyens nouveaux sont soumis à des règles strictes selon la position en première instance de celui qui les soulève :
- Le requérant initial a des possibilités limitées : il ne peut pas changer le fondement juridique de sa demande en invoquant des moyens relevant d’une cause juridique distincte. En recours pour excès de pouvoir, celui qui n’a invoqué que des moyens de légalité externe en première instance ne peut pas invoquer des moyens de légalité interne en appel, et inversement.
- Le défendeur initial dispose de possibilités plus étendues : il peut invoquer tout moyen nouveau.
Les moyens d’ordre public (MOP) peuvent toujours être invoqués pour la première fois en appel par les parties ou d’office par le juge.
Les conclusions nouvelles : principe d’irrecevabilité
En dehors des exceptions, les conclusions nouvelles sont irrecevables en appel : on ne peut pas demander en appel ce qu’on n’avait pas demandé en première instance (CE, 11 janvier 1974, Monjo).
Exception – Les conclusions indemnitaires : la personne qui a demandé en première instance la réparation d’un préjudice peut, devant le juge d’appel, invoquer des chefs de préjudice dont elle n’avait pas fait état, dès lors qu’ils se rattachent au même fait générateur. Elle ne peut toutefois majorer ses prétentions en appel que si le dommage s’est aggravé ou révélé dans toute son ampleur postérieurement au jugement (CE, 18 décembre 2017, n° 401314).
Exception – Les conclusions à fin d’injonction : elles peuvent être présentées pour la première fois en appel, en raison de leur caractère accessoire (CE, 10 octobre 2012, OPHLM Chatillon Habitat, n° 347128).
L’effet suspensif (ou non) de l’appel
L’appel en contentieux administratif n’est pas suspensif : le jugement attaqué s’exécute normalement pendant la procédure d’appel, sauf exception.
Si vous avez laissé passer le délai d’appel
La forclusion est en principe définitive. Toutefois, si la notification du jugement était irrégulière (absence de mention des voies de recours, du ministère d’avocat obligatoire, ou indication erronée de la juridiction compétente), le délai n’a pas couru. Faites vérifier la régularité de la notification par un avocat en droit public.
Quand faire appel à un avocat expert en droit public ?
Dès la réception du jugement. La stratégie d’appel, le choix des moyens, le périmètre de l’appel, l’opportunité d’un appel se définissent au plus tôt. Le cabinet Hanffou accompagne les agents publics et les professionnels de santé à toutes les étapes du contentieux administratif, y compris en appel devant les cours administratives d’appel.
À retenir
- L’appel doit être interjeté dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement aux parties (pas à leur avocat).
- Le ministère d’avocat est obligatoire devant la cour administrative d’appel.
- La cour rejuge l’affaire au fond par effet dévolutif : elle ne se contente pas de contrôler le jugement.
- L’appel n’est pas suspensif : le jugement continue à s’exécuter pendant la procédure d’appel.
Réflexes à avoir
- Dès réception du jugement : noter immédiatement la date de notification et calculer la date limite d’appel (+ 2 mois).
- Vérifier la régularité de la notification : mention des voies de recours, du délai, du ministère d’avocat.
- Consulter un avocat expert en droit public sans attendre, même si vous n’êtes pas encore sûr de vouloir faire appel.
- Identifier précisément les chefs du dispositif contestés pour circonscrire l’appel et l’effet dévolutif.
FAQ — L’appel en contentieux administratif
Dans quel délai dois-je faire appel d’un jugement du tribunal administratif ? Deux mois à compter de la notification régulière du jugement aux parties elles-mêmes.
Puis-je faire appel sans avocat ? Non. Le ministère d’avocat est obligatoire devant la cour administrative d’appel. Un appel introduit sans avocat sera déclaré irrecevable.
Puis-je soulever de nouveaux arguments en appel ? Oui, mais sous conditions strictes. Le requérant initial ne peut pas changer de cause juridique. Le défendeur initial a des possibilités plus larges. Les moyens d’ordre public peuvent toujours être soulevés pour la première fois.
Puis-je demander en appel une indemnisation que je n’avais pas demandée en première instance ? Non, en principe. Les conclusions nouvelles sont irrecevables. Toutefois, vous pouvez invoquer des chefs de préjudice nouveaux liés au même fait générateur, ou majorer vos prétentions si le dommage s’est aggravé depuis le jugement.
Le fait d’interjeter appel suspend-il le jugement ? Non. L’appel n’est pas suspensif en contentieux administratif : le jugement s’exécute pendant la procédure d’appel.
Combien de temps dure une procédure d’appel administratif ? Entre un et deux ans en moyenne devant les cours administratives d’appel, selon la juridiction et la nature du litige.
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