
🔷 Faits
L’infirmière requérante exerce en libéral dans les Alpes-Maritimes. À la suite d’un contrôle administratif portant sur sa facturation pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, la CPAM des Alpes-Maritimes lui notifie, par lettre du 16 mai 2019, un indu initial de 104 770,93 euros.
- Non-respect des articles 5, 11, 14, 23.1 et 23.2 de la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) ;
- Erreurs de cotation ;
- Surcharges sur prescription médicale ;
- Facturation de majorations de nuit non prescrites ;
- Doubles facturations ;
- Cumuls non autorisés.
Après que l’infirmière présente ses observations par courrier du 19 juin 2019, la caisse revoit sa position à la baisse et ramène le montant de l’indu à 12 429,81 euros, notifié le 21 octobre 2019.
La commission de recours amiable (CRA) rejette implicitement la contestation de l’infirmière. Celle-ci saisit alors le pôle social du Tribunal judiciaire. Par jugement du 28 mars 2024, le Tribunal judiciaire de Nice valide l’indu à hauteur de 12 429,81 €, condamne l’infirmière à rembourser cette somme avec intérêts au taux légal, et la condamne en outre à payer 1 800 € au titre des frais de procédure (article 700 du CPC).
L’infirmière interjette appel. Devant la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, elle demande l’infirmation du jugement, la prise en compte d’une erreur reconnue de 779,04 €, et le débouté de la CPAM pour le surplus. La CPAM sollicite, elle, la confirmation pure et simple du jugement.
🔷 Droit applicable
L’article 14 de la NGAP : le texte cardinal
« Sont considérés comme actes de nuit les actes effectués entre 20 heures et 8 heures, mais ces actes ne donnent lieu à majoration que si l’appel au praticien a été fait entre 19 heures et 7 heures » . Pour les actes infirmiers répétés, les majorations forfaitaires pour actes effectués la nuit ne peuvent être perçues qu’autant que la prescription du médecin indique la nécessité impérieuse d’une exécution de nuit ou rigoureusement quotidienne. »
- L’acte est effectué entre 20h et 8h ;
- L’appel au praticien a été effectué entre 19h et 7h ;
- La prescription médicale indique expressément la nécessité impérieuse d’une exécution de nuit ou rigoureusement quotidienne.
» La jurisprudence de la Cour de cassation : une position ferme eLa Cour de cassation juge avec constance qu’à l’égard des actes infirmiers répétés, les majorations de nuit ne peuvent être perçues qu’autant que la prescription du médecin indique la nécessité impérieuse d’une exécution entre vingt heures et huit heures (2e Civ., 4 mai 2004, n°02-31.188; 2e Civ., 20 septembre 2005, n°04-30.226; 2e Civ., 6 juillet 2017, n°16-20.433) et le Conseil d’État a également jugé (26 juillet 2018, n°409631) que la mention relative à la nécessité impérieuse de soins de nuit doit figurer sur la prescription médicale.t constante »
La jurisprudence de la Cour de cassation : une position ferme et constante
« Vu l’article 14 B de la nomenclature générale des actes professionnels annexée à l’arrêté ministériel du 27 mars 1972 ; Attendu qu’il résulte de ce texte qu’à l’égard des actes infirmiers répétés, les majorations de nuit ne peuvent être perçues qu’autant que la prescription du médecin indique la nécessité impérieuse d’une exécution entre vingt heures et huit heures ; »
- 2e Civ., 20 septembre 2005, n° 04-30.226 : même solution.
- 2e Civ., 6 juillet 2017, n° 16-20.433 : confirmation de la règle:
« Qu’en statuant ainsi , alors que la nécessité impérieuse de soins de nuit doit être mentionnée expressément par la prescription, le tribunal a violé le texte susvisé ; »
La position du Conseil d’État
Le régime de la preuve en matière d’indu
🔷 Solution retenue
La Cour d’appel d’Aix-en-Provence confirme le jugement du Tribunal judiciaire de Nice dans toutes ses dispositions.
Sur le moyen tenant à l’insuffisance de preuve de la CPAM, la Cour écarte l’argumentation de l’infirmière. Le tableau récapitulatif produit par la caisse, détaillé par patient, par date d’acte, par cotation et par montant d’indu, est jugé suffisant pour établir la nature et le montant des sommes réclamées. La charge de la preuve contraire pesait sur l’infirmière.
Sur le fond, la Cour valide les anomalies de facturation retenues par le tribunal, et notamment celles relatives aux majorations de nuit. L’infirmière n’a pas été en mesure de justifier que les ordonnances médicales litigieuses mentionnaient expressément la nécessité impérieuse d’une exécution nocturne. En l’absence de cette mention, les majorations facturées étaient irrégulières et l’indu justifié.
Réflexes à adopter dès aujourd’hui
- Vérifiez que l’ordonnance comporte explicitement la mention de la nécessité d’une exécution de nuit ou à fréquence rigoureusement quotidienne, dans les termes de l’article 14 de la NGAP.
- Ne vous contentez pas d’une prescription implicite ou d’une déduction logique tirée de la fréquence des actes : la jurisprudence dominante, et notamment la Cour de cassation, ne l’admet pas.
- Si l’ordonnance ne comporte pas cette mention, demandez au médecin prescripteur de la compléter avant de facturer la majoration. C’est une démarche simple, mais elle peut vous éviter un indu de plusieurs milliers d’euros.
FAQ – Majorations de nuit et indu CPAM pour infirmiers libéraux
L’ordonnance doit-elle obligatoirement mentionner le mot « nuit » ? Non, le texte exact de l’article 14 NGAP vise la « nécessité impérieuse d’une exécution de nuit ou rigoureusement quotidienne ». La mention doit refléter cette exigence, sans nécessairement reprendre mot pour mot ces termes.
Si j’interviens à 21h pour un patient diabétique sous 3 injections/jour, puis-je facturer la majoration de nuit ? Selon la jurisprudence de la Cour de cassation et de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence : non, si l’ordonnance ne mentionne pas expressément la nécessité d’une exécution nocturne. Le TJ Val de Briey a jugé l’inverse en mars 2026, mais cette décision n’a pas l’autorité d’un arrêt de cour d’appel.
La CPAM peut-elle exiger le remboursement de majorations de nuit sur plusieurs années ? Oui. Le contrôle peut porter sur les 3 dernières années (délai de prescription de l’article L. 133-4 du CSS). Les montants peuvent rapidement atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.
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Pour lire l’arrêt : Cour d’appel d’Aix-en-Provence, 13 mai 2026, 24/05891 |
Sur le même sujet : Majorations de nuit pour un infirmier libéral : le tribunal annule 35 044 € d’indu CPAM


