se défendre chambre disciplinaire

La procédure disciplinaire devant la chambre disciplinaire de première instance de l’Ordre des infirmiers est essentiellement écrite. Le mémoire en défense constitue la pièce maîtresse de votre défense : c’est dans ce document que vous exposez vos arguments, contestez les griefs et présentez votre version des faits. Un mémoire bien structuré et solidement étayé peut faire la différence.

🔷 Pourquoi le mémoire est déterminant

L’article R4312-92 du Code de la santé publique  (CSP) rend applicables aux infirmiers les articles R.4126-1 à R.4126-54 du même code, qui régissent la procédure disciplinaire. Cette procédure est principalement écrite : les arguments que vous ne développez pas dans votre mémoire ne pourront pas être présentés pour la première fois lors de l’audience.

La chambre disciplinaire fonde sa décision sur les pièces et mémoires échangés entre les parties. Le rapporteur instruit le dossier à partir de ces écrits. L’audience permet uniquement de présenter des observations orales à l’appui de vos écritures, mais pas de soulever des arguments entièrement nouveaux. Le mémoire doit donc être exhaustif, précis et convaincant.

 

🔷 Quand et comment déposer votre mémoire

Après la transmission de la plainte à la chambre disciplinaire de première instance, vous recevrez notification de la plainte avec les pièces du plaignant. Un délai vous est imparti pour produire votre mémoire en défense.

Le mémoire doit être envoyé au greffe de la chambre disciplinaire de première instance, accompagné de vos pièces justificatives numérotées et listées dans un bordereau. Il doit être communiqué en nombre suffisant pour être transmis à l’ensemble des parties et au rapporteur. Le nombre de copies nécessaire est indiqué sur le courrier du greffe.

🔷 La structure recommandée du mémoire

Un mémoire en défense efficace devant la chambre disciplinaire de l’Ordre des infirmiers suit généralement la structure suivante.

 L’en-tête et les mentions obligatoires

L’en-tête doit identifier clairement la juridiction saisie (Chambre disciplinaire de première instance de l’Ordre des infirmiers de la région [X]), le numéro d’enregistrement de la plainte, l’identité complète du professionnel mis en cause (nom, prénom, numéro d’inscription à l’Ordre, adresse professionnelle), l’identité du plaignant, et, le cas échéant, l’identité de l’avocat assistant le professionnel.

L’exposé des faits

Cette partie présente votre version des faits, de manière chronologique, factuelle et précise. Chaque affirmation doit être appuyée par une pièce justificative référencée. Évitez les jugements de valeur et les attaques personnelles contre le plaignant. Restez factuel et professionnel.

La discussion juridique : réponse grief par grief

C’est le cœur du mémoire. Reprenez chaque grief formulé dans la plainte et répondez-y de manière structurée.

Pour chaque grief, commencez par rappeler le texte déontologique visé (article du code de déontologie, article R.4312-X du CSP). Exposez ensuite les faits tels que vous les établissez. Développez votre argumentation juridique en vous appuyant sur la jurisprudence de la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des infirmiers et du Conseil d’État. Concluez sur chaque point en démontrant soit que les faits ne sont pas établis, soit qu’ils ne constituent pas un manquement déontologique, soit que le manquement ne justifie pas de sanction ou justifie une sanction minime.

Les moyens de procédure (le cas échéant)

Si la procédure est entachée d’irrégularités, c’est dans cette partie que vous les soulevez. Les vices de procédure les plus fréquemment invoqués devant les chambres disciplinaires de l’Ordre des infirmiers sont l’absence de conciliation préalable régulière, l’irrecevabilité de la plainte (défaut d’intérêt à agir du plaignant par exemple), et le non-respect du principe du contradictoire (absence de communication de pièces).

Les circonstances atténuantes

Même si les faits sont partiellement établis, vous pouvez plaider des circonstances atténuantes pour obtenir une sanction moindre : ancienneté et qualité de l’exercice professionnel, absence d’antécédents disciplinaires, conditions d’exercice difficiles (surcharge de travail, contexte de pandémie, manque de personnel), reconnaissance partielle des faits et mesures correctives prises (formation suivie, changement de pratique), attestations de patients et de confrères.

Le dispositif (les conclusions)

Le mémoire se termine par les conclusions formelles que vous demandez à la chambre de prononcer. Vous pouvez également demander la condamnation du plaignant aux dépens et aux frais irrépétibles.

Les pièces à joindre

Le mémoire doit être accompagné d’un bordereau de pièces numérotées. Les pièces essentielles à produire sont le dossier de soins complet du patient (si la plainte porte sur la qualité des soins), les ordonnances et prescriptions médicales, les feuilles de transmissions et notes de suivi, les échanges écrits avec le patient, la famille ou les confrères (courriers, SMS, courriels), les attestations de confrères, de médecins prescripteurs ou de patients, les diplômes, certificats de formation et documents attestant de votre compétence, le procès-verbal de conciliation ou la preuve de l’absence de conciliation, et tout document utile à votre défense (photos, plannings, enregistrements légalement obtenus).

Chaque pièce doit être numérotée (Pièce n° 1, Pièce n° 2, etc.) et référencée dans le corps du mémoire.

🔷Les erreurs fréquentes à éviter dans la rédaction

  • Produire un mémoire trop long et confus est contre-productif.  Soyez clair, structuré et concis.
  • Adopter un ton agressif ou méprisant envers le plaignant dessert systématiquement votre cause. La chambre disciplinaire attend une posture professionnelle et mesurée.
  • Ne pas produire de pièces justificatives affaiblit considérablement vos arguments. Un mémoire sans pièces est un plaidoyer sans preuve.
  • Confondre procédure disciplinaire et procédure judiciaire est une erreur technique fréquente. La chambre disciplinaire n’est pas compétente pour statuer sur des demandes de dommages et intérêts (sauf pour les plaintes abusives). Ne formulez pas de telles demandes dans votre mémoire.

 

🔷L’apport de l’avocat dans la rédaction du mémoire

La rédaction d’un mémoire en défense devant la chambre disciplinaire de l’Ordre des infirmiers est un exercice juridique spécifique qui requiert la connaissance du code de déontologie infirmier et de son interprétation jurisprudentielle, la maîtrise de la procédure disciplinaire ordinale, la capacité à identifier et exploiter les vices de procédure, et l’expérience de la jurisprudence de la chambre disciplinaire nationale et du Conseil d’État.

Un avocat expert en droit de la santé apporte une plus-value déterminante dans la structuration des arguments, le choix des pièces  et la formulation des conclusions. Il permet aussi d’anticiper les arguments du plaignant et de préparer les répliques.

Le Cabinet Hanffou, fort de son expertise en droit des professionnels de santé, accompagne les infirmiers dans la rédaction de leurs mémoires en défense devant les chambres disciplinaires de l’Ordre dans toute la France.

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Shanffou

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