
La chambre disciplinaire de première instance de l’Ordre des infirmiers a rendu sa décision et vous estimez qu’elle est injuste, disproportionnée ou entachée d’irrégularités. L’appel est un droit fondamental qui vous permet de faire réexaminer l’intégralité de votre dossier par la chambre disciplinaire nationale. Mais attention : les délais sont courts et la procédure obéit à des règles strictes.
Le droit d’appel : qui peut faire appel et dans quel délai ?
La décision de la chambre disciplinaire de première instance (CDPI) peut faire l’objet d’un appel devant la chambre disciplinaire nationale (CDN) de l’Ordre des infirmiers, rattachée au conseil national (article L.4122-3 CSP rendu applicable par un renvoi exprès de l’article L. 4312-7, IV CSP)
Peuvent faire appel : l’infirmier sanctionné, le plaignant, le conseil départemental ou interdépartemental de l’Ordre, le conseil national de l’Ordre, le ministre chargé de la santé, le directeur général de l’ARS, le préfet et le procureur de la République.
Le délai d’appel est de trente jours à compter de la notification de la décision (article R.4126-44 CSP) renvoi opéré par l’article R. 4312-92 CSP, qui prévoit que « les articles R. 4126-1 à R. 4126-54 sont applicables aux infirmiers. Ce délai est impératif : un appel hors délai est irrecevable. La notification est effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception. Le délai court à compter de la date de réception effective de la notification.
Il est donc essentiel de noter immédiatement la date de réception et de préparer votre requête d’appel sans attendre.
L’effet suspensif de l’appel
L’appel est suspensif. Cela signifie que la sanction prononcée par la chambre disciplinaire de première instance n’est pas exécutée tant que la chambre disciplinaire nationale n’a pas statué. L’infirmier conserve son droit d’exercer pendant la procédure d’appel.
Cet effet suspensif est un avantage considérable pour l’infirmier : il permet de continuer à exercer tout en contestant la décision, et parfois de gagner un temps précieux pour préparer une défense renforcée en appel.
La procédure devant la chambre disciplinaire nationale
La chambre disciplinaire nationale siège au sein du conseil national de l’Ordre des infirmiers. Sa composition est similaire à celle de la chambre disciplinaire de première instance : elle est composée de membres élus de l’Ordre (infirmiers) et présidée par un conseiller d’État (magistrat administratif).
La requête d’appel doit être déposée ou envoyée au greffe de la chambre disciplinaire nationale. Elle doit contenir l’exposé des faits et des moyens sur lesquels l’appel est fondé ( les conclusions du requérant ) et les pièces justificatives.
La procédure est, comme en première instance, essentiellement écrite. Un mémoire complémentaire peut être produit dans les délais fixés par le président de la chambre. L’échange contradictoire des mémoires entre les parties est organisé par le greffe.
L’audience est publique. Les parties peuvent présenter des observations orales à l’appui de leurs écritures. L’assistance d’un avocat, bien que non obligatoire, est fortement recommandée devant cette juridiction d’appel.
Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’État
La décision rendue par la chambre disciplinaire nationale n’est pas susceptible d’un nouvel appel. En revanche, elle peut faire l’objet d’un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État.
L’article L. 4312-7, IV du code de la santé publique prévoit que le Conseil national de l’ordre des infirmiers comprend une chambre disciplinaire nationale qui connaît en appel des décisions des chambres disciplinaires de première instance, et il ajoute que « l’article L. 4122-3est applicable aux infirmiers». C’est le texte de renvoi qui rend applicable au contentieux disciplinaire des infirmiers le régime général du recours devant le Conseil d’État.
Le pourvoi en cassation ne porte que sur des questions de droit : erreur de droit, insuffisance de motivation, dénaturation des pièces du dossier, violation du principe du contradictoire, erreur manifeste d’appréciation, ou disproportion de la sanction. Le Conseil d’État ne réexamine pas les faits.
Le délai de pourvoi est de deux mois à compter de la notification de la décision de la chambre disciplinaire nationale.
Les erreurs à éviter en appel
Ne pas respecter le délai de trente jours est l’erreur fatale : l’appel tardif est irrecevable et la décision de première instance devient définitive.
Se contenter de reprendre les mêmes arguments qu’en première instance sans les enrichir est une stratégie perdante. L’appel est l’occasion de compléter votre argumentation, de produire de nouvelles pièces et de répondre aux motifs de la décision de la chambre disciplinaire de première instance.
Dans quel cas la sanction peut être aggravée en appel ?
Pour qu’une sanction soit aggravée, il est nécessaire que le plaignant, ou toute autre personne ayant qualité pour interjeter appel, forme un appel dans le délai imparti afin de solliciter l’aggravation de la sanction prononcée en première instance.
***
Sur le même sujet: Infirmiers : il faut lire votre SNIR


