plainte ordre infirmier

Vous venez d’apprendre qu’une plainte a été déposée contre vous auprès du conseil départemental de l’Ordre des infirmiers. Qu’il s’agisse d’un patient mécontent, d’un confrère en conflit ou d’une autorité publique, cette nouvelle est rarement anodine. La question qui se pose immédiatement : que risquez-vous réellement ? Quelles sanctions peuvent être prononcées ? Et surtout, comment réagir pour protéger votre exercice professionnel ?

🔷  Qui peut déposer une plainte contre un infirmier ?

L’article R.4126-1 du Code de la santé publique (CSP), applicable aux infirmiers via l’article R.4312-92 du même code, dresse la liste des personnes habilitées à saisir la chambre disciplinaire.

En pratique, les plaintes émanent le plus souvent de patients ou de leurs familles (mécontentement sur la qualité des soins, défaut d’information, problème de facturation, comportement jugé inadapté), de confrères infirmiers (détournement de patientèle, concurrence déloyale, dénigrement, litige autour d’un remplacement ou d’une collaboration), ou du conseil départemental de l’Ordre lui-même, qui peut se saisir d’office lorsqu’il a connaissance de manquements déontologiques.

Des autorités publiques disposent également de ce pouvoir : le ministre chargé de la santé, le directeur général de l’ARS, le préfet et le procureur de la République (article L.4124-2 CSP). Les syndicats infirmiers représentatifs et les associations de patients agréées peuvent aussi déposer plainte.

🔷 Pour quels motifs peut-on être poursuivi ?

La procédure disciplinaire vise exclusivement les manquements aux obligations déontologiques et professionnelles, définies par le code de déontologie des infirmiers (articles R.4312-1 à R.4312-92 CSP).

Les motifs les plus fréquemment invoqués sont le défaut de qualité ou de sécurité des soins (article R.4312-10 CSP), la violation du secret professionnel (articles R.4312-5 et L.1110-4 CSP), le refus de soins discriminatoire (articles R.4312-11 et L.1110-3 CSP), le défaut d’information du patient (article R.4312-13 CSP), le détournement ou la tentative de détournement de patientèle (article R.4312-76 CSP), le dénigrement ou la calomnie envers un confrère (article R.4312-25 CSP), le non-respect des règles de compétence professionnelle (articles R.4312-42 et suivants CSP), la publicité interdite ou non conforme (article R.4312-37 CSP), et tout comportement de nature à déconsidérer la profession.

Attention :  les mêmes faits peuvent donner lieu à des poursuites parallèles : disciplinaire devant l’Ordre, civile ou pénale devant les juridictions judiciaires, et administrative devant la section des assurances sociales (article L.4126-5 CSP). Ces procédures sont indépendantes les unes des autres.

 🔷  Les sanctions encourues : une échelle graduée

Les sanctions disciplinaires que la chambre peut prononcer sont énumérées à l’article L.4124-6 du CSP, applicable aux infirmiers par renvoi.

L’avertissement est la sanction la plus légère.

Le blâme est un cran au-dessus.

Ces deux premières de ces peines comportent, en outre, la privation du droit de faire partie d’un conseil, d’une section des assurances sociales de la chambre de première instance ou de la section des assurances sociales du Conseil national, d’une chambre disciplinaire de première instance ou de la chambre disciplinaire nationale de l’ordre pendant une durée de trois ans.

L’interdiction temporaire d’exercer, avec ou sans sursis, est la sanction intermédiaire. Sa durée ne peut excéder trois ans. En cas de sursis, celui-ci peut être révoqué si de nouveaux faits sont commis dans un délai de cinq ans à compter de la notification de la sanction devenue définitive.

La radiation du tableau de l’Ordre est la sanction maximale. Elle entraîne l’interdiction définitive d’exercer la profession d’infirmier sur l’ensemble du territoire national. L’infirmier radié ne peut pas se faire inscrire à un autre tableau. Toutefois, après un délai de trois ans, l’infirmier radié peut demander son relèvement à l’autorité qui a prononcé la sanction (article L.4124-8 CSP).

En complément de toute sanction, la chambre peut enjoindre l’infirmier de suivre une formation (article L.4124-6-1 CSP). Elle peut aussi condamner aux dépens et aux frais irrépétibles.

 🔷  Les conséquences concrètes d’une sanction

Au-delà de la sanction elle-même, les effets pratiques sont significatifs. En cas d’interdiction temporaire d’exercer, l’infirmier libéral ne peut pas se faire remplacer pendant la durée de l’interdiction. Il doit orienter sa patientèle vers des confrères. La perte de revenus est directe et immédiate.

L’interdiction d’exercer est notifiée à l’ensemble des organismes concernés : ARS, CPAM, établissements de santé.

En cas de condamnation au blâme ou à l’avertissement, l’infirmier conserve son droit d’exercer mais voit son dossier ordinal alourdi. En cas de nouvelle plainte dans les cinq ans, la sanction antérieure sera prise en compte et jouera en défaveur du professionnel.

Le sursis constitue une épée de Damoclès : si de nouveaux faits sont commis dans les cinq ans suivant une sanction avec sursis devenue définitive et qu’une nouvelle sanction est prononcée, la chambre peut révoquer le sursis.

 

🔷  Comment réagir face à une plainte ?

Dès réception de l’information qu’une plainte a été déposée, plusieurs réflexes sont essentiels.

Ne paniquez pas, mais ne minimisez pas non plus. Une plainte disciplinaire est une procédure sérieuse avec des conséquences potentiellement lourdes sur votre exercice. Prenez-la au sérieux dès le départ.

Préparez la conciliation. La première étape sera la convocation devant la commission de conciliation du conseil départemental (article L.4123-2 CSP), dans un délai d’un mois. Cette étape est un préalable obligatoire. La conciliation peut aboutir à un accord qui met fin définitivement à la procédure. Préparez-vous à y participer de manière constructive tout en défendant votre position.

Constituez votre dossier dès maintenant : rassemblez tous les éléments factuels liés aux griefs (dossier de soins, ordonnances, notes de transmissions, échanges écrits, attestations de collègues).

Consultez un avocat expert en droit de la santé le plus tôt possible. L’avocat peut vous accompagner dès la phase de conciliation et, en cas d’échec, préparer votre défense devant la chambre disciplinaire.

 

🔷  La prescription des poursuites disciplinaires

Les textes ne fixent pas de délai de prescription spécifique pour la procédure ordinale des infirmiers. La jurisprudence du Conseil d’État applique un délai raisonnable, apprécié au cas par cas, en tenant compte de la nature des faits, du moment où ils ont été portés à la connaissance de l’Ordre et des diligences accomplies.

🔷 Pourquoi se faire accompagner par un avocat ?

La procédure devant la chambre disciplinaire est une procédure juridictionnelle à part entière, avec des enjeux considérables pour votre carrière. Un avocat expert en droit de la santé connaît les spécificités de cette juridiction, la jurisprudence applicable et les stratégies de défense les plus efficaces.

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Shanffou

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